Dominique Beord conduit seul une Leapmotor B10 pourpre, électrique, depuis Puyvert, au pied du Luberon. Ce qu’il propose, ce sont des trajets précis : l’aéroport Marseille-Provence à Marignane, les gares d’Aix-en-Provence TGV et de Marseille Saint-Charles, les villages et les domaines du Luberon. En face, il n’y a pas seulement les autres chauffeurs du coin : il y a Uber, Bolt et Heetch, qu’il a cités lui-même comme ses concurrents. Le site devait donc dire d’emblée ce qu’une application ne dit pas : qui conduit, et dans quelle voiture.
La zone imposait ses propres contraintes. Personne ne tape « vtc puyvert » dans Google : le Planificateur de mots-clés mesure 0 recherche par mois, et la page de résultats renvoie vers les VTC de Pertuis, la ville voisine. Les recherches sont ailleurs : 1 600 par mois pour « vtc marseille », 320 pour « vtc aix en provence », 170 pour « vtc longue distance », 140 pour « vtc aeroport ». D’où un plan arrêté avant d’écrire une ligne : cinq pages service, de la longue distance à la balade en Luberon, et cinq pages secteur, Lourmarin, Aix-en-Provence, Marseille, Pertuis et Apt, chacune construite sur sa requête et relue face aux premiers résultats de Google.
Ces concurrents, lus page par page, ont dessiné le reste. Aucun ne nommait son chauffeur. Aucun ne donnait le modèle, la couleur et l’année de la voiture : ils écrivaient « Tesla » ou « type Mercedes Classe E ». Aucun n’expliquait pourquoi deux trajets ne coûtent pas le même prix, et aucun ne parlait franchement d’une voiture électrique. Le site de Dominique fait ces quatre choses avec les seuls faits de son dossier : son nom et son numéro au registre des VTC, sa B10 en vraies photos, ce qui fait le prix d’un trajet sans tarif inventé, les 434 km d’autonomie annoncés et la pause d’une heure au-delà.
Un gabarit n’aurait pas tenu ces choix. La direction artistique, baptisée « Les Départs », part du quai de gare : un tableau des départs dont les palettes basculent vers Aix TGV, Marignane ou Saint-Charles, un formulaire dessiné comme un billet avec son talon, des sections numérotées comme des voies. Le violet est celui du logo de Dominique, proche de la couleur de sa voiture ; le jaune mimosa vient de la Provence ; et le site n’a pas un pixel de noir, parce qu’il l’avait demandé. Entre deux sections, l’épingle du « q » de son logo parcourt l’itinéraire jusqu’à la voie suivante.